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Commentaire du jugement rendu par le conseil des prud'hommes de Strasbourg en date du 20 mai 2015.
La légitime défense a bien du mal à se faire accepter dans notre société.
Il suffit pour s'en convaincre de voir le peu de décisions judiciaires qui acceptent d'en reconnaître l'existence.
Mais généralement, ce type de questions intéresse uniquement les juridictions pénales.
Il est on ne peut plus rare que le concept de légitime défense fasse irruption devant d'autres tribunaux.
C'est pourtant d'une telle question qu'a eue à connaître le conseil des prud'hommes de Strasbourg dans une affaire qui opposait un salarié à son employeur.
Votre demande concerne une relation employeur-salarié et ses conséquences : contrat de travail (CDI, CDD, intérim, stage), exécution du contrat (salaires/primes, heures supplémentaires, congés payés, clauses de mobilité ou de non-concurrence) ou modification des conditions de travail.
Elle peut aussi porter sur la rupture (licenciement pour faute/économique/motif personnel, démission, rupture conventionnelle), des sanctions disciplinaires, la discrimination, le harcèlement moral ou sexuel, le règlement intérieur, les représentants du personnel/syndicats, l'intéressement/participation/épargne salariale, l'accident du travail, et éventuellement le pénal du travail (santé-sécurité, travail dissimulé, entrave, prêt illicite de main-d'oeuvre, etc.).
Votre demande relève du droit des étrangers (séjour ou nationalité) : naturalisation, titre de séjour/carte de résident, visa, changement de statut, autorisation de travail, asile, regroupement familial.
Elle peut aussi concerner une mesure d'éloignement/contrôle (OQTF, reconduite à la frontière, interdiction de retour, interdiction du territoire, expulsion, zone d'attente, rétention) et les démarches/recours associés.
Vous êtes victime, suspect(e)/mis(e) en cause ou condamné(e) dans une affaire pénale : plainte, convocation, audition, garde à vue, enquête ou instruction.
La procédure peut passer par une alternative (médiation, composition pénale), une CRPC ou une comparution immédiate, puis un jugement devant le tribunal de police, le tribunal correctionnel ou la cour d'assises, avec constitution de partie civile possible et recours (appel, cassation). Le sujet peut aussi inclure les infractions routières/permis et l'exécution/aménagement de peine.
Votre situation oppose une administration ou un établissement public et vous souhaitez contester une décision (refus, retrait, sanction, autorisation) ou l'absence de réponse de l'administration.
Le dossier relève d'un recours administratif et, le cas échéant, du tribunal administratif, notamment en marchés publics, responsabilité de l'administration, élections et collectivités, fonction publique, urbanisme, droit des étrangers.
Vous contestez une décision d'un organisme social ou un dossier de protection sociale (CPAM/CAF/MSA, URSSAF).
Le sujet peut concerner l'accident du travail/maladie professionnelle (AT/MP), la faute inexcusable de l'employeur, l'invalidité/handicap, les congés parentaux, la retraite, le chômage, les prestations, ou les cotisations et les contrôles sociaux.
Vous êtes un professionnel et le litige vous oppose à un autre professionnel : contrats commerciaux, impayés/recouvrement, distribution, location-gérance ou concurrence.
La demande peut porter sur l'exécution ou la rupture d'un contrat, la responsabilité entre entreprises, la négociation précontentieuse ou une procédure.
Votre entreprise traverse des difficultés financières ou une procédure collective, ou vous devez gérer une étape de prévention/traitement (conciliation, mandat ad hoc, sauvegarde, cessation des paiements, redressement, liquidation).
Le sujet inclut aussi les conséquences pratiques : déclaration de créances, reprise d'une société en difficulté, et responsabilité du dirigeant.
Votre demande concerne la création, la structuration ou la vie d'une société, ou un litige lié à son fonctionnement : création d'entreprise, pacte d'actionnaires, gouvernance (AG, statuts, PV, comptes) et exercice des droits de l'actionnaire.
Elle peut aussi porter sur une levée de fonds/investisseurs, des restructurations (fusion, scission, transformation, acquisition), la cession de titres (et garanties type garantie de passif), la dissolution, des litiges avec des tiers, ou des conflits internes (abus de majorité/minorité, fautes de gestion, conventions réglementées, infractions).
Vous avez été blessé(e) à la suite d'un accident ou d'une agression et vous demandez l'indemnisation de vos préjudices.
Le dossier peut concerner un accident de la route (conducteur, passager, cycliste, piéton), un accident du travail, un accident médical (hôpital public ou clinique/médecin), un accident de la vie (domestique, scolaire, sport, loisir) ou une agression, en tant que victime.
Vous souhaitez modifier ou rectifier une mention d'état civil (prénom, nom, ou autre mention d'un acte), pour vous-même ou pour un proche (mineur ou majeur protégé).
La demande peut viser l'ajout/modification/suppression de prénom, le changement de nom ou une rectification, pour des motifs comme l'usage, la francisation, la consonance, un nom/prénom jugé ridicule, le changement de sexe, la sauvegarde d'un nom ou l'harmonisation familiale (fratrie).
Vous êtes en désaccord avec un assureur au sujet d'un contrat ou d'un sinistre : refus de garantie, montant d'indemnisation, expertise, résiliation ou contestation des conditions de prise en charge.
Cela peut viser une assurance habitation, automobile/véhicule, dommages-ouvrage, responsabilité civile (particulière ou professionnelle), garantie décennale, assurance de prêt (décès/invalidité), ou encore une problématique de fausse déclaration ou de réparation d'un préjudice corporel.
Vous êtes un particulier en litige avec un professionnel (achat, travaux, remboursement, garantie, rétractation).
Le dossier peut notamment concerner la vente à distance (internet/catalogue), le démarchage à domicile, un abonnement téléphonique/internet, un crédit à la consommation, un voyage, une assurance, un vice caché/tromperie, un abus de faiblesse, la publicité/promotions, des pratiques commerciales déloyales, ou une question de fraude/réglementation des produits et de contrôle DGCCRF.
Votre demande concerne une procédure de divorce : divorce par consentement mutuel (divorce à l'amiable) ou divorce contentieux (divorce pour faute, divorce pour altération définitive du lien conjugal ou séparation de corps...).
Votre demande concerne le permis de conduire ou une infraction routière, avec un enjeu de contestation ou de maintien du droit de conduire.
Elle peut viser un retrait de points (PV non reçu, contestation), une suspension/annulation/invalidation, et des infractions ou des délits (alcool ou stupéfiants, téléphone, excès de vitesse, feu rouge/stop, ligne blanche, sens interdit, stationnement dangereux, ceinture, refus d'obtempérer ou de souffler, délit de fuite), et, le cas échéant, un accident avec dommages corporels (blessures/homicide involontaires).
Vous rencontrez un différend avec une banque ou un organisme de crédit : prêt, frais, caution, incidents de paiement, ou contestation d'opérations.
Le dossier peut porter sur l'exécution du contrat, le calcul des sommes dues, des frais contestés, ou les conséquences d'un incident bancaire.
Vous avez plusieurs dettes et vous n'arrivez plus à faire face à vos remboursements : dépôt ou contestation d'un dossier de surendettement (Banque de France).
Le dossier peut viser une solution (plan conventionnel de redressement, mesures imposées, rétablissement personnel), la contestation d'un refus, et la gestion de crédits (notamment crédits à la consommation) ou de situations aggravantes comme un abus de faiblesse.
Votre demande concerne l'achat ou la vente d'un bien, son financement ou son occupation, ou un litige lié au logement/terrain.
Elle peut viser un agent immobilier, un prêt immobilier, un vice caché, le syndic/copropriété et des résolutions d'assemblée, des baux (dont bail commercial), des loyers impayés/une expulsion, un conflit de voisinage/empiètement, la construction/VEFA, une SCI, un viager, une expropriation, ou un permis de construire.
Votre demande concerne les soins, la responsabilité et la réglementation en matière de santé : responsabilité médicale ou hospitalière (erreur médicale, préjudice corporel) et droits du patient (information, secret médical).
Elle peut aussi viser l'organisation de l'exercice (structure/contrat d'exercice, gestion/cession de cabinet), la pharmacie et les officines (responsabilité, création/transfert/regroupement, gestion), et les produits de santé (médicaments, dispositifs médicaux, produits frontières, cosmétiques, sécurité sanitaire des aliments).
Votre demande concerne la vie familiale ou la protection des personnes : PACS/concubinage (annulation, mariage blanc/gris, dissolution), régimes matrimoniaux.
Elle peut aussi porter sur les enfants (garde, autorité parentale, pension, assistance éducative), la tutelle/curatelle.
Vous souhaitez optimiser, sécuriser ou régulariser votre situation fiscale, et/ou contester un impôt ou un contrôle/redressement (réclamation, recouvrement, pénalités).
Le sujet peut porter sur l'IR, les impôts locaux, ISF/IFI, IS, TVA, droits d'enregistrement/douane, plus-values, prix de transfert, domiciliation/double imposition, fiscalité d'entreprise (création, restructuration, transmission), patrimoine (démembrement, immobilier) et succession/donation, avec éventuellement un risque de fraude fiscale.
Vous êtes concerné(e) par un litige lié à un bail commercial (location d'un local professionnel) : rédaction/conditions du bail, changement d'affectation, déspécialisation, renouvellement, révision, résiliation, cession ou sous-location.
Le différend peut aussi porter sur des loyers impayés, l'indemnité d'éviction (et le droit de repentir), ainsi que les réparations et les travaux.
Votre demande porte sur la préparation ou le règlement d'une succession (donation, testament, héritage, assurance-vie) ou sur un conflit entre héritiers.
Elle peut concerner l'indivision, un partage amiable ou judiciaire, un détournement d'héritage ou un recel successoral.
Votre demande vise l'établissement ou la contestation d'un lien de parenté : adoption, reconnaissance, recherche ou contestation de paternité/maternité (présomption de paternité, possession d'état).
Elle peut aussi concerner une délégation d'autorité parentale (volontaire ou forcée) ou une action aux fins de subsides.
Vous créez, gérez ou contestez le fonctionnement d'une association, d'une fondation ou d'un fonds de dotation (statuts, dirigeants, assemblée générale, agrément, reconnaissance d'utilité publique, subventions).
Le sujet peut aussi concerner l'activité de la structure (mécénat/parrainage, legs/donations) et ses responsabilités (contrats de travail, responsabilité des dirigeants, dissolution).
Votre demande porte sur un projet ou un litige lié au numérique et à Internet : création/cession de site, contrats informatiques/SaaS, e-commerce, responsabilité en ligne, bases de données et données personnelles, intermédiaires techniques.
Elle peut aussi viser la cybersécurité/sécurité des SI, la diffusion de contenus, une application mobile, les télécommunications ou un nom de domaine.
Vous souhaitez protéger, exploiter ou défendre une création ou un signe distinctif : droits d'auteur, marque, brevet, dessin et modèle, logiciel ou nom de domaine.
Le dossier peut aussi porter sur une contrefaçon, une concurrence déloyale ou une revendication de propriété (y compris invention de salariés), ainsi que des démarches douanières, des contrats (cession/licence) ou un arbitrage.
Votre demande concerne un litige lié au transport de voyageurs ou de marchandises : retard/annulation d'un voyage, bagages, ou questions de responsabilité et d'indemnisation.
Elle peut aussi porter sur l'affrètement ou la commission de transport, la perte/avarie/vol de marchandises, l'assurance transport (dont assurances maritimes), la plaisance et, le cas échéant, la saisie de navires.
Votre situation nécessite l'application du droit de l'Union européenne, souvent dans un contexte transfrontalier (libre circulation, concurrence, règles européennes applicables, contentieux européens).
Selon le cas, des questions liées à la CEDH (Cour européenne des droits de l'homme) peuvent également se poser.
Votre demande concerne une règle d'urbanisme ou une autorisation, ou un projet de construction/aménagement : SCOT, PLU, carte communale, ZAC.
Elle peut viser un permis de construire/d'aménager/de démolir, une déclaration de travaux, le droit de préemption, l'expropriation, une construction illégale, les règles littoral et environnement, l'urbanisme commercial et les recours (dont CNAC).
Votre situation comporte un élément d'extranéité (un ou plusieurs pays) et soulève une question de droit international privé : compétence des tribunaux, loi applicable, ou exécution en France d'une décision étrangère (exequatur).
Le dossier peut concerner par exemple un divorce, une adoption, une pension/prestation compensatoire, des dommages-intérêts, une dette, des contrats internationaux, des questions de droits de l'homme ou des sanctions internationales.
Votre demande concerne une activité sportive encadrée et ses règles : structure sportive (club/fédération), contrat de travail ou convention de formation, agent sportif, transfert de joueurs.
Elle peut aussi porter sur le parrainage/sponsoring, le droit à l'image, l'organisation d'événements, la billetterie, les paris sportifs ou le dopage.
Votre demande concerne le foncier ou l'activité agricole : bail rural (congés), achat/vente de terres, droit de préemption (SAFER), contrôle des structures, aménagement foncier agricole.
Elle peut aussi porter sur des sociétés agricoles, la transmission d'exploitation, l'expropriation, ou des questions d'urbanisme en zone rurale.
Votre demande porte sur une atteinte à l'environnement ou un risque environnemental : installations classées, déchets, eau, énergies renouvelables, sites et sols pollués, carrières et mines.
Le dossier peut aussi inclure la gestion de risques/accidents (risques naturels ou technologiques, accidents industriels) et les responsabilités associées.
Choisissez cette réponse si l'employeur est une personne physique employant directement un salarié. Exemple : emploi à domicile, garde d'enfant, assistance de vie.
Attention : si vous avez le statut de fonctionnaire, merci d'utiliser le formulaire "droit administratif".
Cela signifie que l'employeur justifie la rupture par la situation de l'entreprise ou une réorganisation. Exemple : votre poste est supprimé parce que l'activité baisse.
Cela signifie que la rupture est liée à votre situation ou à votre comportement, sans être forcément présentée comme une faute disciplinaire. Exemple : l'employeur estime que vous n'êtes plus adapté au poste.
Cela signifie que l'employeur vous reproche un comportement ou un manquement qu'il estime suffisamment grave pour rompre le contrat. Exemple : absences non justifiées ou non-respect d'instructions importantes.
Il s'agit d'un reproche sérieux, mais pas au point de rendre impossible votre maintien immédiat dans l'entreprise. Exemple : un manquement répété aux consignes.
Il s'agit d'un reproche que l'employeur considère comme très sérieux, au point de ne pas pouvoir vous garder dans l'entreprise pendant le préavis. Exemple : refus répété d'exécuter le travail ou incident grave.
Il s'agit d'un reproche encore plus grave, avec l'idée que le salarié aurait voulu nuire à l'employeur. Exemple : destruction volontaire de matériel pour faire du tort à l'entreprise.
Les faits étaient les suivants :
Un salarié avait été injustement accusé de vol par l'un de ses collègues de travail.
Afin de prouver sa bonne foi, ce salarié avait permis à ce collègue de travail de fouiller son casier afin qu'il puisse constater que n'y figuraient pas les objets soi-disant volés.
Non content de porter contre lui des accusations mensongères et blessantes, ce collègue de travail s'en est pris à lui en tentant de le fouiller au corps avec l'aide d'un ami.
Pour cela, les deux individus n'ont pas hésité à lui enlever ses chaussures, son pantalon et même ses sous-vêtements.
Le salarié en question, soucieux d'éviter tout ennui, a dans un premier temps préféré les laisser faire, pensant que leur comportement n'irait pas plus loin.
Or, dès le lendemain, le collègue de travail en question a attendu le salarié à la sortie de l'entreprise afin de l'agresser physiquement.
N'ayant guère le choix, ce salarié s'est donc défendu en lui assénant deux coups de poing.
Ces coups portés au visage de l'assaillant ont permis au salarié de se dégager et de mettre un terme à cette agression.
Pour autant, le collègue de travail n'a pas été blessé si ce n'est un ou deux hématomes au visage sans réelle gravité.
La réaction de l'employeur ne s'est pas fait attendre : le salarié a été licencié pour faits de violence "de nature à désorganiser la bonne marche de l'entreprise"...
Aucune sanction n'a été prise à l'encontre de l'agresseur, ce qui témoigne d'un curieux état d'esprit de l'employeur dont on devine déjà la partialité.
Le salarié a immédiatement saisi le conseil des prud'hommes afin de contester son licenciement et de solliciter des dommages et intérêts.
Par un jugement plus que regrettable rendu le 20 mai 2015, le conseil des prud'hommes de Strasbourg a débouté le salarié de sa demande au motif que le salarié était expert en arts martiaux et qu'il aurait dû ainsi se maîtriser.
La motivation de ce jugement, on ne peut plus lapidaire, applique donc faussement les règles relatives à la légitime défense et oublie totalement les règles relatives au droit du travail.
L'occasion est donc donnée de se pencher sur cette affaire pour remettre les choses à leur place.
Sur les conditions d'application de la légitime défense rapportées au cas d'espèce
La légitime défense concerne celui ou elle qui se défend face à une agression.
Pour qu'il y ait légitime défense, les conditions cumulatives suivantes doivent être réunies :
- la personne qui se défend doit faire face à une attaque injustifiée à son encontre ou à l'encontre d'une tierce personne afin de mettre un terme à cette agression ;
- l'acte de défense doit être jugé nécessaire, ce qui signifie que l'agressé ne pouvait pas faire autrement que de se défendre;
- les moyens employés par l'agressé doivent être proportionnés à l'attaque.
On ne peut ainsi sortir une arme à feu pour répliquer à une gifle.
- Enfin, l'acte de défense doit être d'actualité, c'est-à-dire être opposé au moment même de l'agression et pas plus tard.
Dans le cas contraire, on tomberait non plus dans un acte de défense, mais dans un acte de vengeance.
Si ces conditions peuvent intellectuellement se comprendre, leur réunion est parfois difficile à prouver et bon nombre de personnes amenées à se défendre n'arrivent pas à rapporter
l'exigence de proportionnalité requise par la loi.
Il y a là, à mon sens, un véritable parti pris de la loi en faveur des agresseurs et en défaveur des victimes.
Comment peut-on s'attacher encore avec autant de conviction à cette exigence de proportionnalité lorsque l'on sait la réaction psychologique instinctive qu'une agression entraîne chez sa victime.
Peut-on sérieusement penser que la victime d'une agression va raisonner en termes de proportionnalité pour se défendre ?
Lorsqu'une personne est victime d'une agression, elle ne pense qu'à une chose : mettre un terme à l'agression.
Une agression entraîne toujours un choc psychologique dès que celle-ci commence : la victime est d'abord surprise et une fraction de seconde plus tard elle est apeurée.
On ne peut donc pas exiger d'une personne apeurée qu'elle sorte sa règle et son compas pour calculer si oui ou non son geste de défense sera proportionné à l'attaque.
Une victime d'agressions ne raisonne pas comme cela.
Une victime d'agression tente simplement de s'en sortir.
Une victime d'agression n'a rien demandé : elle est victime !!!
Il est donc dommage que notre loi actuelle fasse peser une partie essentielle du risque juridique sur la personne agressée.
La victime d'une agression devrait bénéficier d'une présomption, en toutes circonstances, de proportionnalité.
Après tout, cela devrait être à l'agresseur de prendre tous les risques, que ces risques soient juridiques devant un tribunal ou qu'ils soient factuels pour le cas où il tomberait sur une
victime capable de se défendre alors qu'il ne s'y attendait pas.
Il faut bien le reconnaître : nous vivons dans une société de plus en plus violente où les agressions sont de plus en plus nombreuses et cette exigence de proportionnalité est particulièrement mal placée.
Elle assure en tout cas de beaux jours aux agresseurs !
En tout état de cause, et en l'espèce, en frappant son agresseur au visage mais sans le blesser sérieusement, les conditions de la légitime défense étaient réunies puisque ce salarié avait fait face à une agression, précédée d'accusations mensongères et d'une fouille particulièrement humiliante.
D'ailleurs, l'agresseur en question n'a pas eu le toupet de porter plainte.
De la même façon, celui-ci n'a pas été suffisamment blessé pour aller faire constater ses blessures par un médecin afin de se voir prescrire une interruption de travail.
Ce salarié a donc eu raison de se défendre ainsi !
Cela n'empêchera pas le conseil des prud'hommes de lui en faire le grief en le déboutant de toutes ses demandes au motif qu'il était expert en arts martiaux.
On constate ici que les conseillers prud'homaux n'avaient que très peu de connaissances sur les arts martiaux.
Le salarié en question était ceinture noire deuxième dan en karaté et ceinture noire deuxième dan en aïkido.
À ce niveau de compétence, un pratiquant d'arts martiaux peut faire ce qu'il veut avec son agresseur : il peut le repousser, le blesser sans gravité, le blesser très sérieusement et
même le tuer.
Le pratiquant d'arts martiaux sait exactement comment calibrer sa riposte pour obtenir le résultat voulu et, avant toute chose, pour mettre un terme à l'agression dont il fait l'objet.
En l'espèce, l'agresseur a simplement eu deux hématomes au visage et rien de plus.
Cela nous permet donc de dire que ce salarié et pratiquant d'arts martiaux, a très justement calibré sa riposte pour mettre un terme à l'agression dont il était victime en évitant de blesser plus qu'il ne fallait son agresseur.
Il fallait en effet une réelle maîtrise de sa part, surtout après avoir été injustement accusé de vol et d'avoir fait l'objet d'une fouille au corps de la part de cet individu.
Ce salarié aurait mérité des félicitations plutôt qu'un licenciement.
Qui, en effet, accepterait d'être accusé de vol, d'être fouillé jusque dans ses endroits les plus intimes et d'être enfin agressé physiquement à la sortie de l'entreprise sans réagir avec
virulence.
Beaucoup auraient porté des coups bien plus violents que ce salarié.
Maîtrisant parfaitement son art, ce dernier a proportionné sa riposte de manière à mettre un terme à cette agression sans envoyer son agresseur à l'hôpital.
Mais l'employeur, suivi en cela par le conseil des prud'hommes, avait visiblement un parti pris et/ou une méconnaissance totale du sujet.
L'employeur a sauté sur l'occasion pour licencier ce salarié.
Le conseil des prud'hommes est simplement parti du principe que ce pratiquant d'arts martiaux aurait dû se maîtriser.
Or cela fut précisément le cas : il suffisait de lire le dossier et de se renseigner un tout petit peu sur ce que les arts martiaux vous permettent de faire pour s'en rendre compte.
Il aurait été intéressant de savoir ce qu'en aurait dit une juridiction pénale, mais cela ne sera pas le cas puisque l'agresseur n'a pas souhaité déposer plainte suite à l'acte de riposte dont il
a fait l'objet, ce qui en dit long à bien des égards.
Il était en effet plus facile d'aller rapporter ces faits à son employeur, avec lequel on s'entend peut-être très bien, plutôt que d'aller les exposer devant un tribunal correctionnel où les
questions auraient été beaucoup plus précises...
Quoi qu'il en soit, et sous le couvert d'une application plutôt légère des règles relatives à la légitime défense, le conseil des prud'hommes en a ignoré les règles relatives au droit du travail.
Le droit du travail français offre toute une palette de sanctions à l'égard d'un salarié qui commettrait une faute professionnelle.
Il appartient à l'employeur d'apprécier les circonstances exactes qui amènent ce salarié devant lui afin de voir s'il peut lui reprocher quelque chose.
Ces circonstances exactes regroupent bien évidemment les faits en eux-mêmes, mais pas seulement !
L'employeur devra tenir compte de l'ancienneté de son salarié, de son cursus au sein de l'entreprise, de son dossier disciplinaire et surtout de ses explications.
En l'espèce, le salarié avait sept ans d'ancienneté au sein de l'entreprise et ne s'y était jamais fait remarquer, de telle sorte que son dossier disciplinaire était vide et ne mentionnait aucune sanction.
Ce salarié a expliqué à son employeur les faits en eux-mêmes et ce dernier ne s'est pas ému du comportement de son collègue de travail.
Peut-être aurait-il pu le convoquer pour lui demander pourquoi il s'était permis de porter des accusations mensongères à l'encontre de ce salarié, pourquoi il s'était permis de le fouiller au corps et pourquoi il s'était permis de l'attendre à la sortie de l'entreprise pour avoir une explication plus virile !
Repoussant loin de lui tout esprit d'analyse, cet employeur a préféré licencier son salarié sans autre forme de réflexion.
S'il avait pourtant réfléchi au cas d'espèce, cet employeur aurait pu se dire qu'il s'agissait là d'un incident regrettable, mais dont son salarié n'était à l'origine.
Il aurait alors pu infliger aux deux intéressés, c'est-à-dire au salarié et au collègue de travail en question, un simple avertissement afin de marquer le coup et de s'arrêter là.
En ce qui me concerne, mais cela n'engage que moi, je n'aurais adressé d'avertissement qu'au seul collègue de travail qui était à l'origine de cet incident par un comportement inacceptable.
L'agresseur est resté au sein de l'entreprise.
L'agressé a dû affronter une deuxième injustice : son licenciement.
Le conseil des prud'hommes n'est pas allé plus loin que l'employeur dans la réflexion puisqu'il s'est contenté de souligner les compétences du salarié en arts martiaux pour en conclure que celui-ci n'avait pas le droit de se défendre...
Ce faisant, le conseil des prud'hommes a rajouté une condition non prévue par le code pénal qui ne prévoit pas un traitement plus sévère à l'égard des sportifs qu'à l'égard de ceux qui ne le sont pas.
Ce faisant, le conseil des prud'hommes a également méconnu le code du travail qui lui impose de faire une appréciation globale de la situation, sans parti pris, et qui dispose surtout qu'en cas de doute, celui-ci doit profiter au salarié.
En l'espèce, il y avait bien plus de certitude que de doutes.
Pour autant, à supposer qu'il y ait pu y avoir quelques hésitations sur le comportement que ce salarié aurait dû avoir, les circonstances propres au cas d'espèce auraient dû peser en sa
faveur.
En aucun cas ce salarié n'aurait dû être accusé de vol.
Jamais ce salarié n'aurait dû être fouillé au corps par un individu qui n'avait absolument pas compétence ni pouvoir pour cela.
Jamais et en aucun cas ce salarié n'aurait dû être licencié.
La pratique des arts martiaux peut donc parfois se retourner contre le pratiquant lui-même.
On ne lui pardonnera rien !
Le fait de savoir se défendre vous interdit de vous défendre.
Il s'agit là d'une curieuse logique.
Les arts martiaux viennent donc d'être percutés d'une manière peu orthodoxe en ignorant à la fois le droit pénal et le droit du travail.
Mais il ne s'agit là que d'un premier round.
L'affaire est actuellement soumise à la censure de la cour d'appel qui saura sûrement faire preuve d'une autre forme de raisonnement.
Le droit de se défendre et le fait de se défendre ne doivent jamais se retourner contre celui qui a le courage de se défendre.
Face aux agressions quotidiennes, il faut donner l'avantage à ceux qui s'opposent à un phénomène de plus en plus inacceptable.
Ne serait-il pas logique que ce soit l'agresseur qui prenne tous les risques, y compris juridique, de son comportement inqualifiable ?
Nous le pensons, mais il serait temps que tous les esprits évoluent.
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